C'est par les instincts que notre nature biologique se manifeste. Et ce sont la manière dont on réagit à son appel et la pertinence des choix que l'on opère qui vont déterminer le degré d'élévation de notre esprit et la hauteur de notre âme. Il ne s'agit ni de brimer nos instincts ni de nous laisser guider uniquement par eux. On atteint véritablement notre dimension d'homme à travers ces deux constituants qui doivent rester complémentaires et prendre ensemble leurs places dans chaque activité ou élément de la vie humaine.
Prenons l'exemple de l'activité sexuelle comme instinct en liaison avec le mariage et donc avec la famille. Elle est considérée, dans l'approche musulmane, comme une activité naturelle et nécessaire de l'individu en ce sens qu'elle assouvit un instinct corporel et participe à un autre non moins important : la reproduction et la continuité de l'espèce humaine.
Pour mieux percevoir cette vision nous pouvons méditer cette interpellation qui a eu lieu entre le Prophète Mohammed (bénédiction et salut de Dieu sur lui) et ses compagnons. A ceux parmi eux qui avaient choisi de renoncer au mariage et au plaisir de la chair pensant mieux s'adonner à la prière et à l'adoration de Dieu, Il rappela qu'il a été envoyé pour leur enseigner l'amour de Dieu et le chemin d'y parvenir et qu'il n'a pas pour autant renoncé à se marier. Mieux, l'acte sexuel accompli de manière légitime, c'est à dire entre époux, est un acte sublime car il exprime la faculté d'accepter et de pratiquer les préceptes de Dieu. C'est à dire un acte d'adoration et méritant en ce sens la rétribution et la satisfaction de Dieu. N'ayant pas saisi, les compagnons s'exclamèrent « Ô Messager de Dieu ! l'un d'entre nous assouvit un désir charnel et, en même temps, il est rapproché de Dieu et récompensé ?! » Il répliqua : « Oui quand il choisit de l'assouvir par une voie licite .Car de la même façon s'il y répond par un moyen illicite il mécontente son Seigneur Dieu et il s'en retrouve éloigné ».
QUELQUES DEFINITIONS:
Ce point de vue étant éclairci, voici, pour entrer dans le sujet, deux définitions extraites du « Petit Larousse » qui datent, il est vrai, de l'édition 1999.
Famille: ensemble formé par le père et la mère liés par les liens du mariage, et par les enfants.
Mariage: Acte solennel par lequel un homme et une femme établissent entre eux une union dont les conditions, les effets et la dissolution sont régis par les dispositions juridiques en vigueur dans leur pays et par les lois religieuses ou la coutume.
Ces définitions correspondent pratiquement à la signification que l'islam donne à la famille et au mariage. Je vais, tout de même m'y étendre un peu plus, pour expliciter la vision de l'islam sur ces deux sujets.
VISION DE L'ISLAM:
L'islam considère qu'il n'y a pas de couple envisageable autre que celui provenant de l'union d'un homme et d'une femme. C'est à dire il prohibe les liaisons homosexuelles et les considère comme non conformes à une vie, morale et physique, saine et une dépravation de la nature humaine.
La liaison homme femme, quant à elle, n'est acceptée et considérée comme licite que dans le cadre d'un mariage. C'est à dire un engagement mutuel entre les deux époux qui doivent, par ailleurs, le porter à la connaissance publique et recevoir, de préférence, la bénédiction des deux familles. C'est donc à la fois un acte personnel et un contrat social car en même temps qu'il détermine la vie des deux époux il constitue la cellule sociale de base à laquelle la société ne peut être indifférente.
Le mariage se fonde sur les conditions qui suivent.
Le manquement à l'une d'entre elles remet en cause le mariage et donne droit à la séparation c'est à dire au divorce licite et à réparation:
La sincérité dans l'intention et l'engagement sans limitation de durée,
LA vie commune permanente ou acceptée comme telle par les deux époux,
Le partage et le secours mutuel,
L'amour, l'affection et le refuge mutuel,
L'assouvissement des désirs sexuels dans la fidélité,
La procréation
Il s'agit par conséquent, d'un acte qui nécessite une conscience et un degré de responsabilité extrêmes car il engendre de grandes conséquences :
Il engage un partenaire qui y met, certainement, ses rêves, ses espoirs et ses projets.
Il engage de la même façon sa propre vie et la détermine. Attirant l'attention de ses compagnons, le Prophète de l'islam (bénédiction et salut de Dieu sur lui) leur disait « Quand l'un d'entre vous se marie, il se donne le moyen de bien vivre la moitié de sa religiosité .. » c'est à dire qu'il se ferme le chemin de beaucoup de déviations et de vices et qu'il réalise une condition majeure pour une vie dans la piété et la sérénité.
Le mariage est également le chemin naturel pour avoir des enfants. Or les conditions de conception, de naissance, de croissance et d'éducation d'un enfant doivent être scrupuleusement réfléchies et choisies. Un enfant a droit à vivre en présence et sous la responsabilité de ses deux parents, dans un foyer stable où il peut recevoir l'affection, l'attention et l'éducation nécessaires.. .De cela dépend son équilibre et sa réussite mais aussi le futur de la société. Ghazali (philosophe et mystique musulman du 11ème siècle) disait « l'enfant est un dépôt à la merci de ses parents tout comme en diamant brut peut l'être auprès d'un bijoutier. une famille saine et à la hauteur de sa nature et de ses besoins peut l'amener vers l'élévation et la pureté ».
QUEL REGARD PEUT-ON PORTER SUR CERTAINES FORMES D'UNION ET DE PROCREATION ET COMMENT PEUT-ON LES JUSTIFIER ?
Le cadre décrit définit pour les musulmans la forme licite et idéale d'union et de constitution de familles. Dans la réalité, des accidents de la vie peuvent surgir amenant l'éclatement de celles-ci: divorce, décès etc.. Dans ce cas il va de soi, qu'une reconstitution , sous forme de mariage bien sûr, est envisageable voire demandée pour recréer le foyer et se rapprocher des conditions espérées. Le PACS, comme cadre légal pour un couple musulman, peut, tout au plus, constituer une solution provisoire et répondant à des situations très précises. Dans l'absolu, sa forme reste non acceptable d'un point de vue musulman. En effet il s'agit d'une union fragile et qui n'offre pas les mêmes garanties et engagements que le mariage tels que définis ci-dessus.
Le problème se pose pour certaines formes dites nouvelles d'union et de procréation. Il s'agit par exemple, du PACS établi entre personnes de même sexe. Celui-ci sort les pratiques homosexuelles du domaine privé pour leur donner une forme légale et juridique entraînant la solidarité nationale et des droits qui peuvent aller jusqu'à l'adoption d'enfants (il est vrai qu'aujourd'hui ce droit n'est pas donné à un couple mais à une personne homosexuelle). Il s'agit également des différentes formes de procréation en dehors du couple. On peut citer le commerce de sperme qui engendre des enfants de pères anonymes et des problèmes éthiques majeurs ; la location des utérus qui réduit le rôle de la mère à celui d'une couveuse biologique et créant la nouvelle terminologie de parents naturels et de parents biologiques etc...
Toutes ces formes ne peuvent constituer des formes d'équilibre entre la liberté et la dignité de l'homme (et bien sûr de la femme et de l'enfant). Ce qui a motivé leur adoption publique relève certainement plus des calculs électoraux que du souci, affiché, des dignités .
Au delà, elles constituent les conséquences inéluctable d'une société basée sur l'individu, la consommation et une forme de rationalité qui désacralise tout et mesure toute chose par sa valeur marchande.
Demain ira-t-on vers la légalisation de commandes d'enfants par cahier de charges préalablement établi ?
Et alors que fera-t-on, si par malheur, le produit n'est pas conforme à l'attente ?
On trouvera certainement le moyen de justifier la création de centres pour clonage raté
J'espère, pour ma part, que l'on aura la sagesse de ne pas en arriver là et que l'on empruntera le chemin d'une vision plus humaine de nous même et plus élevée de nos relations.
Boubaker EL HADJ AMOR,
Président de la Communauté Musulmane de Poitiers (CMP)